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Affichage environnemental : comprendre le coût environnemental des produits

Affichage environnementale

Informer sans juger : un nouvel outil pour éclairer les choix de consommation

À l’heure où la transition écologique s’impose comme un impératif collectif, la question de l’information du consommateur devient centrale. Comment comparer objectivement deux produits au-delà du prix ou du discours marketing ? C’est précisément à cette question que répond l’affichage environnemental, un dispositif public visant à rendre visible le coût environnemental des produits et services.

À l’image du prix, qui traduit un coût économique, le coût environnemental exprime, sous la forme d’une valeur chiffrée, l’impact d’un produit sur l’environnement tout au long de son cycle de vie : de l’extraction des matières premières à la fin de vie, en passant par la fabrication, le transport et l’usage.

Un double objectif : consommateurs mieux informés, entreprises responsabilisées

L’affichage environnemental poursuit deux objectifs complémentaires.

D’une part, il vise à aider les consommateurs à privilégier les produits à moindre impact environnemental, en leur donnant un repère lisible, comparable et factuel. D’autre part, il constitue un levier de transformation pour les entreprises, en les incitant à améliorer la performance environnementale de leurs produits, non pas par des promesses, mais par des données mesurables.

Le dispositif est volontaire mais strictement encadré. Il s’applique à l’ensemble des produits d’un même secteur, en complément des labels existants, lesquels reposent sur des cahiers des charges spécifiques. Là où le label1 distingue, l’affichage environnemental compare.

Un indice fondé sur le cycle de vie des produits

Concrètement, l’affichage environnemental prend la forme d’un indice de coût environnemental, affiché en magasin ou en ligne, et calculé selon un référentiel validé par les pouvoirs publics. Cet indice couvre l’ensemble du cycle de vie du produit ou du service et repose sur les principes de l’analyse du cycle de vie (ACV2).

Le cadre méthodologique est commun à toutes les catégories de produits. Il s’appuie notamment sur des référentiels reconnus : le Product Environmental Footprint (PEF)au niveau européen et le BPC 30-3234 au niveau français. À ce socle commun s’ajoutent des référentiels sectoriels, qui précisent les règles de calcul propres à chaque catégorie de produits. Dans le textile, par exemple, des indicateurs complémentaires peuvent être intégrés, comme celui relatif aux microfibres.

Pour garantir la comparabilité, le dispositif mobilise également des bases de données ACV génériques, telles qu’Empreinte ou Agribalyse, développées avec l’appui de l’ADEME5. Des outils de calcul, publics ou privés, facilitent la mise en œuvre, à l’image de la plateforme Ecobalyse6.

source : ADEME – interface simulateur Ecobalyse

Pourquoi un affichage sobre, sans code couleur ?

La question du visuel est centrale. Pourquoi un affichage volontairement neutre, en noir et blanc, là où d’autres dispositifs comme le Nutri-score reposent sur un code couleur ?

Pour Pascal Dagras, responsable des travaux sur l’affichage environnemental au sein du ministère de la Transition écologique, ce choix est pleinement assumé. Les premières expérimentations s’inspiraient effectivement du Nutri-score, notamment dans l’alimentaire. Mais l’idée d’un affichage du coût environnemental en valeur absolue s’est imposée plus récemment.

Ce parti pris traduit un message fondamental : le coût environnemental ne dit pas si un produit est « bon » ou «mauvais » pour l’environnement. Il indique s’il a peu ou beaucoup d’impact, sans

jugement de valeur. Une distinction essentielle, notamment dans un contexte marqué par l’essor de l’ultra fast fashion7, où l’enjeu principal réside dans les volumes consommés.

Un vêtement à faible impact, acheté en grande quantité, peut générer un impact global élevé. À l’inverse, raisonner uniquement en vert, jaune ou rouge suppose une interprétation normative qui n’est pas du ressort du cadre réglementaire. Comme le résume Pascal Dagras, le coût environnemental est aux vêtements ce que les kilocalories sont à l’alimentation : une donnée factuelle, comparable, mais non prescriptive.

source : FAIRLYMADE

Un outil au service de l’économie circulaire et de l’éco‐conception

L’affichage environnemental s’inscrit pleinement dans la dynamique de l’économie circulaire. Il valorise les efforts réels des entreprises, de manière sincère et transparente, et contribue à la lutte contre le greenwashing8. Il fait partie intégrante de l’offre d’accompagnement proposée par l’ADEME pour soutenir les entreprises dans leur transition écologique.

Au-delà de l’affichage, le dispositif agit comme un révélateur : il oblige les marques à mieux connaître leurs produits, leurs chaînes d’approvisionnement et leurs leviers d’amélioration.

Données, méthode et évolutivité

La méthodologie repose sur de la modélisation. À ce titre, elle est appelée à évoluer. Le cadre actuel, stabilisé en septembre 2025, a vocation à rester suffisamment stable pour ne pas désorienter les acteurs économiques. Des améliorations sont toutefois en cours de réflexion, notamment à la demande des marques et des bureaux d’études qui les accompagnent.

Certaines demandes portent sur l’intégration de données plus fines, par exemple lorsque des sites de production utilisent une électricité renouvelable spécifique plutôt que le mix électrique national. D’autres concernent l’élargissement du périmètre à de nouveaux produits ou l’intégration progressive de dimensions complexes comme la durabilité physique ou non physique des vêtements.

L’enjeu est clair : trouver le bon équilibre entre précision scientifique et déploiement opérationnel.

Le rôle clé des acteurs d’accompagnement : l’exemple de FairlyMade

C’est précisément sur ce terrain que des acteurs comme FairlyMade jouent un rôle déterminant. Co‐fondée par Laure Betsch, FairlyMade accompagne depuis huit ans les marques textiles dans la traçabilité de leurs chaînes de valeur et le calcul de leurs impacts environnementaux.

Après avoir visité plus de 200 usines, l’équipe a développé une plateforme permettant de collecter des données à la source, d’effectuer des analyses de cycle de vie et de produire des indicateurs portant sur le carbone, la pollution de l’eau ou la biodiversité. FairlyMade intègre également les scores gouvernementaux de coût environnemental, ainsi que, à terme, le PEF européen.

Connectée par API9 à la plateforme institutionnelle, la solution permet aux marques de déclarer leurs scores tout en restant à jour des évolutions méthodologiques. Plus une marque est capable de fournir des données primaires fiables, plus son score est affiné. À l’inverse, l’absence de données conduit à une majoration, créant un signal incitatif fort.

Transparence, contrôle et crédibilité

Avant tout affichage, les marques doivent déclarer leurs produits sur un portail institutionnel dédié. Elles y renseignent le coût environnemental calculé, ainsi que l’ensemble des paramètres utilisés : matières, pays de fabrication, étapes de transformation, largeur de gamme, etc.

Si ces informations ne sont pas rendues publiques, l’administration y a pleinement accès. La DGCCRF10 est ainsi en mesure de vérifier la cohérence des calculs et, le cas échéant, la véracité des données déclarées. Ces contrôles s’appuient sur des obligations déjà existantes, notamment celles issues de la loi AGEC.

Les sanctions prévues en cas de non‐conformité peuvent être significatives, renforçant la crédibilité globale du dispositif.

Vers une nouvelle culture de l’impact

Initiée dès le Grenelle de l’environnement en 2009, relancée par la Convention citoyenne pour le climat et consacrée par la loi Climat et Résilience de 2021, l’affichage environnemental marque une étape structurante. Son ambition n’est pas la perfection immédiate, mais l’adoption large d’un langage commun de l’impact.

En rendant visible ce qui était jusqu’alors invisible, le coût environnemental ouvre la voie à une transformation profonde des pratiques, tant du côté des consommateurs que des entreprises. Un outil sobre, exigeant et perfectible, mais déjà opérationnel : c’est sans doute là sa principale force.

Remerciements

La réalisation de cet article n’aurait pas été possible sans l’échange approfondi et transparent accordé par Pascal Dagras, responsable des travaux sur l’affichage environnemental au sein du ministère de la Transition écologique, et Laure Betsch, co‐fondatrice et co‐CEO de FairlyMade. Leurs éclairages institutionnels, techniques et opérationnels ont été déterminants pour comprendre les fondements, les choix méthodologiques et les enjeux concrets de ce dispositif encore émergent.


Définitions et repères

1Label : signe distinctif attribué à un produit ou service respectant un cahier des charges spécifique, souvent plus exigeant que la réglementation, mais ne permettant pas nécessairement une comparaison directe entre produits.

2Analyse du cycle de vie (ACV) : méthode normalisée visant à évaluer les impacts environnementaux d’un produit ou service sur l’ensemble de son cycle de vie, de l’extraction des matières premières à la fin de vie.

3Product Environmental Footprint (PEF) : méthodologie européenne harmonisée d’évaluation de l’empreinte environnementale des produits, fondée sur l’analyse du cycle de vie.

4BPC 30‐323 : référentiel méthodologique français définissant les règles de calcul de l’affichage environnemental pour certaines catégories de produits.

5ADEME : Agence de la transition écologique. Établissement public accompagnant les politiques publiques et les entreprises dans les domaines de l’environnement, de l’énergie et de l’économie circulaire.

6Ecobalyse : plateforme publique de calcul et de déclaration des coûts environnementaux, développée avec l’appui de l’ADEME pour la mise en œuvre opérationnelle de l’affichage environnemental.

7Ultra fast fashion : modèle industriel et commercial caractérisé par une mise sur le marché extrêmement rapide de collections à très bas prix, reposant sur des volumes élevés et un renouvellement constant de l’offre.

8Greenwashing : pratique consistant à communiquer de manière trompeuse ou exagérée sur les qualités environnementales d’un produit, d’une marque ou d’une entreprise.

9API (Application Programming Interface) : interface informatique permettant à différents systèmes ou plateformes d’échanger automatiquement des données.

10DGCCRF : Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes.


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