Patience, Not A Game arrive
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Atelier Eveil Ludique, l’art de la revalorisation du vêtement

Bannière Atelier Eveil Ludique

Place à une marque qui valorise le vieux vêtement, s’approprie son histoire et met sa beauté au premier plan. Découvrez Atelier Eveil Ludique, une marque d’upcycling fondé par Mirco Bercelli qui #NiqueLaModeRapide.


Salut ! Nous aimons entamer nos interviews par comprendre qui se cache derrière la marque que nous présentons… Donc pourrais-t-on en savoir plus sur Mirco Bercelli ? Quel est ton histoire ? Le parcours qui t’a mené à la création de Atelier Eveil Ludique ? 

Salut Not A Game ! Mon parcours est un peu atypique, j’ai commencé par faire des études de génie civil (coucou Virgil 😉 ), un passage en Architecture, puis finalement des études en Business en Australie, où je suis resté 5 ans. Avant de revenir en France, j’ai bossé en Inde avec un designer menswear. J’ai toujours plus ou moins fait des vêtements, mais ce passage en Inde m’a vraiment marqué car j’ai pu voir de mes propres yeux comment sont fait les vêtements de grande consommation. En revenant en France, j’ai voulu réconcilier ma hantise de participer au cycle d’exploitation des matières premières et des êtres humains avec mon envie de créer des vêtements.

Ça a dû être une sacré prise de conscience de voir cette industrie de l’intérieur… Tu as donc toujours été plus ou moins proche de la création. Le BMX a, d’après ce que j’ai pu lire, été un élément déterminant dans ton rapport à la mode, en quoi ce sport t’a t-il plu ? 

Le BMX m’a permis de prendre beaucoup de recul sur le fonctionnement des codes autour de moi. C’est ma première introduction aux cultures underground, et ça m’a permis de questionner ce que l’on considère comme “cool” et pourquoi. C’était aussi un melting-pot qui rassemblait des gens qui écoutaient du rap, du metal, de la techno et les codes vestimentaires associés. On parle du début des années 2000, à l’époque ça m’a paru comme quelque chose d’exceptionnel qu’on trouvait peu ailleurs.

La musique a-t-elle également eu un rôle ? As-tu eu d’autres inspirations qui ont pu construire ton goût pour la mode ? 

J’ai commencé à m’intéresser à la mode quand j’étais ado. J’écoutais déjà beaucoup de métal, un univers où la mode était plutôt tabou. C’est un truc que tout le monde accepte, mais dont personne ne parle. Les cheveux longs, les vestes en jean ou en cuir, les t-shirts de groupe… tous ces codes sont hyper réglementés mais ceux qui font partis de cette communauté n’en parlent pas trop, c’est quelque chose d’induit.

Et puis il y a eu des déclics, comme les premières collections VETEMENTS. Ils observent la manière de s’habiller des gens avec une prise de recul, ils parviennent à modifier les codes pour en faire quelque chose de visuellement intéressant. J’ai réalisé que toutes ces idées qui me traversent l’esprit depuis si longtemps sont fondées, qu’on peut faire de ces observations quotidiennes un exercice de style.

Ce style, cette manière de se démarquer elle se retrouve déjà dans le nom de marque choisi. Atelier Eveil Ludique parait à première vue être un nom plutôt mystérieux, pourrais-tu nous parler de celui-ci ?

Atelier Eveil Ludique, c’est une expression parentale condescendante et naïve. T’envoies tes gamins à la crèche, ils font un atelier éveil ludique avec de la pâte à modeler, juste pour s’occuper et sans aucun but particulier.

C’est un peu la vision que peuvent avoir les gens autour nous lorsque l’on sort du cadre carriériste et que l’on a un projet comme le nôtre, à savoir réconcillier la mode avec une consommation raisonnée et “dépolluante”. Une expression que pourraient utiliser certaines personnes qui nous regardent de loin. Au lieu de mettre la barre très haute, on réutilise cette vision condéscendante pour en faire notre force, un peu comme l’expression “daft punks”.

Un véritable pied de nez à cette conception de la société ! L’upcycling est au cœur de ton projet, tu dis vouloir être « reconnu dans le monde de l’upcycling ». En quoi ce « succès d’estime », à nuancer bien sur car je suppose que plaire au public reste aussi un objectif, est-il important pour toi ? 

L’upcycling est un mouvement qui prend beaucoup d’ampleur en ce moment. On trouve beaucoup de récupération et de greenwashing (je pense à Pimkie qui a récemment organisé des collabs avec des influenceurs upcycling/DIY, comme H&M par le passé, ou Levi’s, sans remettre en question leur modèle de production).

Notre objectif c’est de réussir à faire passer notre message : ce qui compte finalement, ce n’est pas tant la transformation, mais surtout le fait de réutiliser des “déchets” pour faire des vêtements neufs : des vêtements 2eme main (ou 3eme, ou 4eme ect), des chutes de tissus, des objets qui n’ont pas d’autres avenirs que d’aller à la décharge et de polluer les sols et les océans. Au lieu de créer et d’utiliser des nouvelles matières, on réutilise celle qui sont déjà là. C’est comme ça qu’on pollue moins, moins d’énergie dépensé, moins d’exploitation des ressources et des personnes, plus de proximité avec la matière et la cutlure locale.

La mode est une question de point de vue, beaucoup de vêtements peuvent être à nouveau porté tel-quel. Il suffit de les regarder différemment.

 Mirco Bercelli, cRÉATEUR D’ATELIER EVEIL LUDIQUE

C’est ça notre message, et on veut réussir à le faire passer au-dessus des récupérations corporate, des campagnes écolo-light. Ce succès d’estime est donc important pour nous.

Être reconnu dans le milieu, c’est un processus qui porte ses fruits. Nous avons connu Atelier Eveil Ludique dans le cadre d’une collaboration avec Andrea Crews et la marketplace Reiner. Les trois pièces développées lors de cette capsule « Transmission » sont des bombers, c’était un moyen créatif de proposer une sorte de carte de visite de la marque ? 

Lorsque l’on a eu l’opportunité de rencontrer Maroussia Rebecq et son équipe chez Andrea Crews. On a pris le temps de discuter avec eux, car ils ont été d’une grande influence sur notre travail. Quand j’ai découvert les premiers défilés Andrea Crews, en 2014 je crois, j’ai commencé à comprendre qu’un modèle économique autour de l’upcycling était possible.

Source : Atelier Eveil Ludique

Ce qui est ressortis de notre discussion c’était la volonté de faire ressortir nos univers respectifs. Nous avons choisi d’utiliser 2 concepts forts, à savoir le bomber split et le tatouage avec notre collaboratrice Tttristesse, et de les appliquer à des pièces Andrea Crews qui nous avaient marqué.

Et c’est donc la seconde fois que vous travaillez avec Tttristesse. Avant ça, une collaboration avait vu le jour. Des vestes en cuir et des visuels faits au pistolet aérographe liés à l’univers du tattoo, peux-tu nous en parler ? 

J’ai travaillé avec la tatoueuse parisienne Tttristesse, on a tatoué sur des vestes en cuir avec un pistolet aérographe. On voulait retransmettre l’art du tatouage dans les fringues. L’objectif était de dégager une esthétique tribale revisitée dans le style de Tttristesse. On a fait beaucoup d’essais : on a commencé par tattouer directement avec les aiguilles sur le cuir. Ça a été assez peu concluant finalement car les cuirs sont souvent trop fins ou trop usés par les différents procédés chimiques subit par la matière, c’est seulement possible sur des cuirs très épais et peu travaillé, mais impossible de faire des ombrages ou des effets de profondeur.

La peau vivante cicatrise, ce qui n’est pas le cas pour le cuir évidemment, donc l’encre ne reste pas en place. C’est pour ça qu’on s’est reporté sur l’aerographe qui finalement se rapproche énormément du tatouage (il y a meme une aiguille dans le pistolet). On retrouve les mêmes étapes avec la création du flash, le transfert sur la peau, les ombrages avec les différentes aiguilles, et surtout le temps nécessaire à savoir une dizaine d’heures par tattouage.

Côté actualités maintenant : en ce début du mois de septembre, un drop de bijoux a eu lieu ! Peut-on en savoir plus sur le processus de création de celui-ci ? 

On a toujours eu envie d’aller au dela du vêtement. On passe beaucoup de temps dans les friperies, mais aussi les op shop type Emmaüs et autres. Des endroits où on trouve beaucoup d’autres choses que des vêtements d’ailleurs. Cet été, on a eu beaucoup de pluie (je sais pas si vous savez) alors, on a poncé les magasins de 2eme main. On est sortie de là avec des kilos de bijoux de mamans. On les a transformés pour leur donner une esthétique beaucoup plus Metal. C’est pas la dernière fois qu’on fait ça, on va se diversifier un peu à l’avenir pour faire autre chose que des colliers…

Stay tuned.

Tu en as rapidement parlé au début.. sur la page de Atelier Eveil Ludique, on peut y lire « NiqueLaModeRapide », j’aimerais aborder un sujet important et je parle bien sûr de ton rapport à la fast fashion… qu’en est-il ?

Hah ! Je pourrais en parler longtemps, mon rapport est très explicite : #NiqueLaModeRapide

J’ai travaillé en Inde dans le secteur de la mode à Delhi en 2017. J’ai donc eu l’opportunité de voir les conditions de fabrication sur place. Par extrapolation, sachant que ce que j’ai vu sur place était qualifié de “bon strandard”, je n’ose pas imaginer ce qui se passe dans les endroits moins exposés à nos yeux.
La Fast Fashion c’est notre anti-thèse : aucune transparence, exploitations des ressources et des humains de bout en bout (fabriquant, vendeur, client), qualité bâclée, designs volés, vêtements jetés…

Mais je leur donne une chance de se racheter. Selon moi, la fast fashion devrait vendre de la 2eme main pour la rendre accessible à tous.

On espère qu’ils t’entendront alors ! Le milieu de la mode semble être en pleine mutation, comment vois tu évoluer cette industrie  ? Comment te vois tu évoluer au sein de celle-ci ? 

De plus en plus de nouvelles marques se développent autour de l’upcycling en tant que business model et concept central. Ainsi, de plus en plus de marques prennent conscience de la valeur économique (au dela de l’aspect éco-responsable ou créatif). Je pense et j’espère que l’upcycling va perdurer au-delà d’une simple mode. 

J’aimerais voir évoluer Atelier Eveil Ludique en développant des collaborations avec des marques établies, pour les amener à développer l’upcycling comme un moyen de revalorisation de leur stock. Ce serait une manière de réduire les quantités de vêtements purement neuf qu’elles produisent.

Merci pour ton avis et ta vision des choses ! Il me semble qu’on peut trouver les créations Atelier Eveil Ludique sur votre site. Une partie est aussi disponible sur le site Reiner, c’est bien ça ? 

Atelier Eveil Ludique est disponible sur :

www.atelier-eveil-ludique.com/

Reiner | La marketplace de la mode upcycling (reiner-upcycling.com)

The upcycling marketplace | Revibe (revibe-upcycling.com)

Osme – La place dédiée à la création mode émergente (osme.io)

Une sélection de pièce vintage est aussi en vente sur votre site. L’upcycling plus le vintage, c’est clairement le style qui te représente personnellement? 

L’upcycling s’est imposé à moi en réunissant deux passions : créer des vêtements et poncer les friperies. Notre message, c’est que l’on veut revaloriser les vêtements, qu’ils soient anciens, récent, “à la mode” ou pas. Lorsque l’on trouve des pièces en friperie que l’on adore, on se dit que ce serait bête de les déconstruire. Si on les recontextualise, elles prennent à nouveau du sens et quelqu’un peut leur donner la nouvelle vie qu’elles méritent. La mode est une question de point de vue, beaucoup de vêtements peuvent être à nouveau porté tel-quel. Il suffit de les regarder différemment. 

  • Vintage Atelier Eveil Ludique
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Si je ne connais pas encore Atelier Eveil Ludique, ça se passe sur Instagram et Facebook pour suivre toute l’actualité ?

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En parlant d’actualité, une nouvelle capsule est en préparation ? 

On fait des drops régulièrement. Récemment, on a fait des bijoux et je crois que ça a plu, donc on va certainement continuer ! On fait un pop up du 15 au 17 Octobre au Lieu 37, venez voir ça de près !

Pop-Up Upcycling

Le mot de la fin ? Tout ce qui te passe par la tête 🙂 

#Niquelamoderapide


Merci à Mirco, créateur de Atelier Eveil Ludique, pour cette échange. N’hésitez pas à découvrir les pièces de la marque sur leurs réseaux et leur site internet !


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