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Nann, des sapes stylées en séries limitées et de l’upcycling

Nann marque éthique

Pour en apprendre plus sur Nann et sa Nannocréatrice, Anaïs Déprez, ça se passe ici !

Bonjour Anaïs, peux-tu nous raconter ton parcours ?

Je m’appelle Anaïs Déprez. Je suis née dans le Sud-Ouest de la France.  Niveau études, j’ai commencé par une licence de japonais avant de faire une école de stylisme, Studio Berçot à Paris. Suite à cette école, j’ai fait un échange universitaire. Durant ma dernière année, je suis allée dans une école à San Francisco qui s’appelle Academy Of Art University. Ce fut une expérience plutôt cool. C’est là-bas que je me suis spécialisée dans la maille et j’ai pris des cours de costume pour le théâtre et le cinéma. Et quand je suis revenue en France après cette année-là, j’ai commencé à travailler dans le costume. Pendant quatre  – cinq ans, j’ai travaillé dans le cinéma. Il y a quelques années, je me suis rendue compte que le design de vêtement me manquait, le design pur et dur. J’ai donc eu envie de retenter là dedans, de créer ma propre marque. Et puis comme j’ai vu entre temps, les dégâts que l’industrie de la mode faisait sur l’environnement, je me suis dit que j’allais faire de la mode, mais faire de la mode différemment. Il était hors de question que je fasse un projet qui contribue à nuire à l’environnement. 

Crédit Photo : Laura Gilli 

A la suite de ton séjour à San Francisco, tu as eu envie de revenir au design. Pourquoi ce choix ? 

Le costume c’est super intéressant, c’est génial, mais le travail est complètement différent, on ne travaille pas de la même manière. Du coup même quand on fait de la création, c’est surtout pour des costumes d’époque. C’est super intéressant, mais ce n’est pas la même liberté que lorsque tu veux créer un vêtement from nowhere. 

Cette idée de création de marque te trottait dans la tête depuis ton école de stylisme, ou est-ce venu plus tard ? 

Cela faisait partie des éventualités quand j’étais à l’ école. Mais après je me suis dit que je verrai  en fonction des opportunités qui s’offrent à moi. C’est vrai qu’ au fur et à mesure, j’imagine que j’ai mûri. Et en mûrissant, j’ai approfondi cette idée de créer ma propre marque. Du coup je me lance, comme ça je n’aurai aucun regret. J’aurais tenté. 

Rentrons dans le vif du sujet. Qu’est ce que ça veut dire NANN ? 

Nann c’est mon surnom ! Un surnom qui m’a été donné par ma meilleure amie, il y a maintenant quinze ans. Et finalement, mon logo est très personnel, puisque c’est mon prénom.

Quand as tu créé cette marque ?  

J’ai créé la société en 2019, et j’ai sorti la première collection début 2020.

Crédit Photo : Laura Gilli 

J’ai remarqué que tu avais un slogan : “des vêtements pour cirer le banc”. D’où te vient ce slogan et pourquoi ? 

C’est très simple. J’ai choisi de faire du streetwear. On sait tous que le streetwear au départ c’est du sportswear qui a été porté dans la rue. Effectivement, moi j’aime beaucoup l’univers graphique du streetwear. C’est là où je m’amuse le plus. Et je me suis quand même rendue compte que ca ressemblait à des vêtements pour faire du sport… Je me suis dit, tant qu’à faire, autant l’assumer complètement. Je ne suis pas une grosse marque comme Nike, Adidas, mais ce sont de bons vêtements pour rester sur le bords du terrain. 

« Sur un sac à main, il y a toujours une anse qui finit par tomber de l’épaule et ça me rend ouf en fait.« 

Anaïs Deprez

Avec quoi as tu commencé l’aventure Nann ? 

J’ai commencé avec des bonnets au tout début. Il m’en reste quelques-uns sur le site. J’avais acheté des bonnets déjà tricotés, puis j’avais fait des écussons à partir des chutes, et de ce que j’avais dans mes stocks personnels.
Et après j’ai développé une banane. Personnellement, c’est quelque chose que je mets tout le temps. Sur un sac à main, il y a toujours une anse qui finit par tomber de l’épaule et ça me rend ouf en fait. Et j’aime bien avoir les mains libres quand je me promène. Donc si ce n’est pas des bananes, je porte des petits sacs que je porte au final comme une banane. C’est parti de là, et j’ai eu pas mal de commandes. Et en parallèle de la création des bananes, j’ai développé ma première collection.

Si j’ai bien compris, tu fais beaucoup de pièces uniques, toi-même ou avec Léa.

Oui c’est ça. Pour la petite anecdote, Léa est ma cousine, qui est sortie il n’y a pas longtemps de son école de mode. Elle est venue m’aider pour faire les premières pièces uniques de la collection Premières Chutes.

Sinon le reste ce sont des articles en petites séries ?

En effet, tant que je n’ai pas trop de demandes, je refuse de faire trop de stock. C’est une question de cohérence avec mon projet. J’ai envie d’être responsable donc je n’ai pas envie de finir par brûler des stocks. C’est hors de question. Donc oui la première collection c’est cinquante pièces par produit. C’est donc de toutes petites séries. 

En effet, cela rejoint bien ton projet et cela reste cohérent. Concrètement, comment cela se passe ?

Il y a cinquante pièces par produit ; ce sont des matières recyclées. Avec la coupe particulière du col, ce dernier imite celui d’un kimono mais n’en est pas vraiment un, cela engendre des chutes. En général, les chutes représentent entre 15 à 30% du tissu, ce qui est déjà énorme comme tissus jetés à la base pour fabriquer un vêtement. j’ai donc décidé de récupérer ces chutes et j’en fait des pièces uniques. On rassemble les morceaux de tissus qui sont censés être des déchets et on en refait des pièces uniques. Concernant les matières premières, ce sont les fils & fibres, ensuite tricotées en molleton et/ou jersey,qui sont labellisés. C’est-à-dire que ni mes produits, ni ma marque ne sont, pour l’instant, labellisés. Cependant, les fils sont donc labellisés Global Recycled Standard (GRS) et Oeko Tex standard 100

Donc les sac à dos par exemple, sont faits de morceaux de tissus que tu as récupérés suite à la fabrication des hoodies, c’est bien ça ? 

Voilà ! En fait, j’ai un accord avec l’atelier. il m’envoie la production dans un carton, et les chutes dans un autre carton. 

Est ce que tu pourrais nous parler un peu de ton processus créatif et comment tu imagines tes collections et tes pièces ? 

Je pars de beaucoup d’images, de références, d’inspirations. Là, ça va être un mélange entre les habits japonais, l’ambiance japonaise, les kimonos principalement, les hakamas – ce sont des pantalons que  portent les hommes au-dessus du kimono -, et je suis partie de cela tout en gardant les codes du streetwear. Et à force de mélanger, à force de dessiner, de faire des tonnes et des tonnes de croquis, on finit par dessiner ce qu’on aime. Et quand j’ai trouvé un design que j’aime bien, je commence à le développer avec une toile. Je fais le modélisme du produit. Ensuite il me faut travailler la coupe jusqu’à ce que la coupe réelle plaise autant que le design. 

Tu m’as parlé du Japon, il y a aussi le Basketball. Peut-on dire que tes inspirations viennent de tes études et de ton expérience aux Etats Unis, ou cela vient d’avant ?

Le japon, c’est clair que c’est un pays qui m’a toujours fasciné, et ce depuis toute petite. C’est comme ça que j’ai fini par étudier la langue et la littérature de ce pays. Après le sport, c’est vrai que j’ai fait beaucoup de sport quand j’étais petite. J’ai fait de l’athlétisme, mais pas le basket en particulier. En fait, si je suis partie des motifs de terrains brodés, ou sérigraphies… c’est que je me suis inspirée des terrains multisport dans les gymnases. Et donc il y a plein de tracés de plusieurs disciplines différentes. Et j’en ai juste choisi quelques unes pour créer un motif car je trouvais jolies les lignes de différentes couleurs qui se croisaient. Et comme on parle du sportswear, ce sont des vêtements qui ont un rapport avec le sport quand même. Je voudrais continuer dans ce style-là. 

Crédit Photo : Laura Gilli 

Concernant tes prototypes, tu travailles seule avant le passage en atelier ? 

Oui. Je fais le patronage, le modélisme et un tout premier prototype avec une matière qui sera aussi proche que possible de celle utilisée pour la production. Pour avoir une idée du volume et du tombé le plus réel possible. Et après j’envoie ça à l’atelier où ils vont eux même faire un prototype pour voir s’ils arrivent à faire comme je le souhaite. Puis il y a la validation de ce prototype avant envoi à la production. Et à l’atelier, ils récupèrent le patronage que j’ai fait, et ils font la gradation. La gradation c’est quand on part d’un premier patronage et on va faire ce patronage dans différentes tailles. Pour résumer, en atelier, ils digitalisent, font la gradation, puis la production.

Et c’est une fabrication française, c’est bien cela ? 

Oui les matières sont sourcées en France, et l’atelier de confection est en France aussi, à côté de Lyon. Quant à la sérigraphie, cela se passe dans un village à côté du premier atelier. Et les broderies sont toujours faites en France, chez mon cousin qui lui est dans le nord de la France. 

Est ce que c’était un réel défi de proposer des produits écoresponsables, made in France ou c’était une évidence assez simple à mettre en place ? 

Cela n’a pas été si simple à mettre en place. Maintenant il est de plus en plus facile de sourcer les matières. Mais au tout début, mon gros challenge que j’ai essayé de faire c’était de récupérer des stocks dormants. Je voulais que ce soit 100% upcycling. Mais je n’avais pas un assez gros projet pour que ça intéresse les entreprises. Du coup j’ai fini par choisir des matières recyclées et je garde l’upcycling pour les chutes de la production. Je suis adhérente d’une association qui s’appelle le Fashion Green Hub qui aide les nouvelles entreprise comme la mienne à trouver du sourcing, des ateliers si besoin, qui aide pour la communication et accompagne suivant les besoins. Et actuellement,  ils sont en train de mettre en place des partenariats avec des entreprises qui ont des stocks dormants et qui sont prêts à s’en débarrasser. Nous allons donc pouvoir, pour certaines collections et en fonction des matières qu’ils ont à proposer, travailler avec eux et c’est intéressant.

On te retrouve sur ton site en ligne pour tes pièces. Et après on te retrouve sur Facebook et Instagram. 

Oui c’est ça. Sur Facebook et Instagram je suis sous le nom de Nannosphère.  c’est juste pour faire un jeu de mot, car la sphère c’est tous les réseaux sociaux. Je ne sais pas si tu as vu, sur le site joue beaucoup avec le mot « Nanno ».

Oui c’est vrai, j’ai vu ça comme dans Nannoshop…

C’est la Nannoteam, le Nannolook…

Tu as fait aussi le salon Impact, et Who’s Next où nous t’avions rencontré. Est ce que tu as un prochain salon de prévu ? 

Non, j’ai décidé d’attendre un peu avant d’être présente sur ce genre de salon parce qu’ avec la situation sanitaire, c’est un peu compliqué d’essayer de vendre des nouvelles marques à des boutiques qui, parfois sont un peu petites, et qui essayent de survivre depuis le premier confinement. Je vais donc attendre un peu, et me replacer auprès des distributeurs pour la fin de 2021. 

Donc actuellement, tu te concentres sur ton site ? 

En effet, je me concentre sur la communication. On est beaucoup de marques à naître chaque année en France, et personne ne nous attend.  Le plus gros travail c’est de se faire connaître. Je vais donc travailler sur ce point et contacter les distributeurs avec la nouvelle collection notamment. 

Concernant ta prochaine collection : tu restes sur le Japon ou tu envisages une autre direction ?

Pour l’instant nous allons rester dans le même thème. Celui du Japon mélangé avec différents sports. C’est vrai que dans la première collection, à chaque fois je sors un look entier. Ce n’est pas une collection à proprement parler. Tout le reste de la collection est déjà prêt dans ma tête et au fur et à mesure je sors les pièces que j’aime. Je pense que cette collection va durer 2 ans plutôt qu’une saison. Cela montre aussi que ce sont plutôt des produits indémodables, qui peuvent durer dans le temps car ils ont un design assez travaillé et quelque soit la mode du moment, cela peut fonctionner.

Pour rappel, tu as organisé un pop upcycling du 08 au 10 janvier en collaboration avec d’autres marques. Est ce qu’il y a d’autres dates qui sont prévues dans les semaines ou mois à venir ?

Pour l’instant non, on verra au vu de la situation sanitaire. En fait, nous nous sommes tellement bien entendus avec ces créateurs, qu’on aimerait recommencer assez rapidement, et faire une deuxième édition du pop upcycling. Et ce serait prévu pour la fin du printemps, voire début été. Mais c’est à confirmer car actuellement, c’est plus un projet plutôt que que quelque chose qui est en train de s’organiser. 

As tu envisagé pour la suite de collaborer avec une autre marque d’upcycling ?

Ça fait partie des projets, des idées. Pour l’instant je me concentre sur ce que j’arrive à faire moi même puisque la marque est toute jeune, toute récente. J’essaie donc de me faire connaître en tant que tel avant de voir pour des collaborations, pourquoi pas l’année prochaine. Quand on se fait connaître via une collaboration, c’est bien mais ce n’est pas toujours grâce à son propre domaine, son style réel, donc je veux être connue à travers ce que je fais moi-même avant de partir sur ce genre de projet.
Mais c’est vrai que ça m’intéresse énormément. Il y a plein de marques que j’aime beaucoup que j’aimerais contacter, et avec qui j’aimerais travailler un de ces quatre. 


Not A Game remercie la fondatrice de Nann pour cet échange. N’hésitez pas à aller faire un tour sur son site pour vous faire un Nannolook au top !


Crédit Photo : Laura Gilli 

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  1. NANN, quand la mode responsable et la danse se rejoignent – Not A Game

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